Par Jean-François Clapé - Septembre
2000
3/2/04
Un accident mortel en delta à
Aspres-sur-Buech, survenu peu après l'annulation
d'une manche du Championnat de France a peut être
été causé par ces nouveaux harnais
de conception brésilienne, actuellement vendus par
de nombreux constructeurs.
Ces harnais de type redingote se caractérisent
par une fermeture unique du harnais par une monoboucle
ventrale basse reprenant en cravate une monosangle
servant de cuissardes. Le tout est interne, recouvert par
l'enveloppe du harnais qui est fermée par une
seule fermeture éclair longitudinale à deux
chariots.
L'accident qui a coûté la vie à
notre ami Alexandre AYACHE révèle peut
être un déplacement du problème
"accident par défaut d'accrochage" classiquement
causé par défaillance de la jonction "aile
harnais" au niveau de la jonction "harnais pilote".
Aucun des nombreux témoignages recueillis
immédiatement sur place n'a permis de
déterminer si le pilote
décédé a été victime
d'un distraction fatale (oubli de fermeture des
cuissardes) ou d'un problème non
répertorié de mauvaise fermeture de harnais
(faux-fermer sur monoboucle).
Retenue en première hypothèse, la
" distraction fatale " peut avoir
été facilitée par l'annulation de la
compétition du jour et le relâchement de
vigilance induit, cumulés à la frustration
due à cette contrariété et à
un tempérament fougueux.
Mais en seconde analyse, après quelques
simulations sous portique, on peut de manière tout
aussi réaliste admettre qu'il a été
victime de la conjonction des facteurs
évoqués ci dessous.
Ces harnais delta récents sont destinés
aux pilotes de compétitions qui en ont
établi le cahier des charges. Leur
intérêt pour des pilotes de vol loisir ou de
cross paisible est d'ailleurs très discutable.
En effet, ils minimalisent la traînée
à haute vitesse en intégrant sous une seule
enveloppe externe lissée dans un but
aérodynamique l'ensemble des
éléments : parachute, dragchute,
gourde, radio, poches diverses, mais
également les dispositifs de
fermeture.
Cette enveloppe externe est fermée par une
seule fermeture éclair ventrale qui est
fermée en deux temps :
- en bas, jusqu'au haut des cuisses, par un
dispositif classique de glissière (chariot)
remontée par le pilote après le
décollage au moyen d'une ficelle
(tirette),
- en haut, c'est nouveau, par un deuxième
chariot que le pilote descend jusqu'à
l'entrejambe avant de décoller,
une fois enfilé le harnais préalablement
accroché à l'aile.
L'intérêt majeur de tous les harnais
"redingote", descendants de l'original "Klafski", vient
de cet accrochage préalable du harnais à
l'aile, avant l'enfilage du harnais, apportant une
garantie radicale "anti oubli d'accrochage" (en plus de
l'amélioration de confort et de rapidité
d'enfilage).
Or, sur ces nouveaux harnais une seule monosangle a
remplacé les deux cuissardes, façon
dite " à l'australienne "
(inventée par ce pays pour permettre aux pilotes
se posant dans l'eau de se dégager rapidement de
l'aile).
Cette " australienne " provient de la face
interne du dos du harnais, elle est reprise en son milieu
lors de la fermeture du harnais par la sangle de la
monoboucle ventrale.
Donc la monoboucle verrouille donc
seule tout le
système.
Des plus cette monoboucle est cousue à
l'intérieur du harnais au niveau
sus-pubien, et elle est ensuite recouverte par la
fermeture du chariot supérieur de la fermeture
éclair ventrale du harnais en fin d'enfilage.
Cette conception minimaliste, cuissardes et harnais
verrouillés en une seule opération,
était censée régler, par la
simplification ultime de la procédure, le
problème des oublis fréquents de fermeture
des boucles de cuissardes à l'enfilage.
Mais jusqu'à présent l'oubli d'une ou
plusieurs boucles permettait toujours au pilote
"distrait" de chausser le harnais même d'un seul
pied, quelles que soient le type et le nombre de
fermetures ventrales du harnais (de 2 à 3 selon
les modèles) et/ou des boucles cuissardes
(classiquement deux, une en cas de monosangle reprise par
la boucle inférieure du harnais {système
CHARLY} voire aucune si les cuissardes sont cousues).
Pourvu qu'une seule tienne ,il pouvait
décoller et fermer la fermeture inférieure
jusqu'au dessus des genoux. Il pouvait ensuite, soit se
reposer ainsi, au prix de quelques crampes, soit finir de
fermer son harnais en vol ...
Avec ce nouveau type de harnais l'oubli de la
seule boucle est potentiellement
mortel !
En effet, cet oubli prive rapidement le pilote d'appui
abdominal car la fermeture éclair
supérieure remonte librement sous le poids du
pilote.
Il ne peut plus chausser le harnais, celui ci
basculant à la verticale derrière la sangle
d'attache. Le pilote est alors simplement tenu aisselles
et il n'a pas forcément pu prendre la barre de
contrôle des deux mains. Il ne peut plus
qu'espérer un retour à la pente ou au sol
dans un délai très bref, sinon la machine
va prendre de la vitesse et entrer en oscillation puis en
virage engagé (poids pilote trop avant et trop
bas).
Le parachute est à la fois inaccessible et
inutile, l'ouverture faisant lâcher prise au
pilote...
Cet oubli est facilité par le masquage de la
monoboucle derrière la fermeture éclair
ventrale.
Notons par ailleurs si que si elle était
externe le chariot supérieur de la fermeture
éclair serait bloqué et le harnais ne
basculerait pas, permettant au pilote de chausser le
harnais même sans les cuissardes.
Enfin, il est également possible de
"faux-fermer" la boucle en question avec du tissu fin
pris dans le dispositif de fermeture. Le clic est alors
un peu moins franc (difficile à apprécier
en ambiance bruyante avec un casque) et une traction
moyenne n'entraînera pas forcément la
réouverture. Mais une traction forte fait s'ouvrir
l'ensemble (tests faits sur place).
Alexandre AYACHE portait un survêtement en
Lycra...
L'ensemble des hypothèses
évoquées ci dessus est en cohérence
avec les témoignages recueillis et les tests
pratiqués après le crash et
ultérieurement.
PROPOSITIONS
Modifier la prévol des harnais de ce
type :
- s'assurer que la cuissarde unique est bien
passée sur la sangle
de la monoboucle de fermeture,
- s'assurer sous traction que
la monoboucle est bien verrouillée et n'a pas
happé une pièce de vêtement,
- tester la résistance de la fermeture
en pliant le genoux jusqu'à sentir la cuissarde
et décoller les pieds du sol pour charger la
sangle de tout le poids du pilote,
- contrôler visuellement l'ensemble avant de
fermer la fermeture éclair ventrale (ceci peut
être demandé à un assistant si le
casque empêche la vue directe).
Modifier les harnais de ce type :
- mettre les boucles de fermeture à
l'extérieur (gain de finesse anecdotique,
possibilité de "carénage" par rabat de
tissu velcroté),
- mettre une deuxième boucle ventrale
externe dont la fermeture empêche la
remontée de la fermeture éclair et la
bascule du harnais par l'effet du levier "appui des
aisselles/plaque dorsale",
- utiliser des boucles qui ne peuvent pas se
verrouiller incomplètement en
pinçant une pièce de
vêtement,
- utiliser une boucle à dispositif
multipièces pour fermer l'ensemble
cuissardes/boucle inférieure qui ne se
verrouille pas sans les trois éléments
en place (existe pour les sièges auto
enfants),
- utiliser un chariot autobloquant pour la
glissière de la partie haute de la fermeture
ventrale, en complément de la deuxième
boucle externe.