Par Jean-François Clapé
L'étude statistique de tous les accidents
montre qu'il existe une corrélation
indéniable entre le niveau de gravité
des accidents et l'équipement des pilotes,
quelque soit leurs niveaux.
L'équipement de protection de la plupart des
pilotes décédés en 95
était très en dessous du minimum
recommandé. Seuls 2 pilotes sur 12 avaient un
parachute de secours et un casque intégral; 5
pilotes avaient un casque hémisphérique
mais pas de secours; les 5 autres rien, si ce n'est
leur probable conviction que tout cet
équipement était inutile
. Cela
mérite explication.
Le refus de prendre en compte le risque est
très net
à la fois dans les statistiques mais
aussi sur le terrain lors des enquêtes qui ont
eu lieu pour chacun des accidents. On peut bien
sûr jouer de malchance ou être surpris par
un imprévu. Mais trop souvent l'accident est
quasiment inscrit dans une logique où le
déni (" la réalité c'est pour les
autres ") est masqué par un discours
très fun ou très viril sur le risque et
la peur, par un comportement montrant qu'on est
inconscient du risque réel. Ce déni du
danger s'ancre dans le pilote et un jour
Un jour
d'ailleurs pas toujours anodin
, une veille ou
une semaine précédente guère
sereine, ou un anniversaire plus ou moins
funeste
(ce qui, individuellement, parait
être un hasard cesse de l'être dès
qu'on aligne les chiffres par centaines).
Ce travers psychologique épargne le plus
souvent les pilotes féminines. Depuis plusieurs
années elles ne figurent pas dans la rubrique
décès (sauf en tant que
passagères de Bi). Il ne peut s'agir d'un
hasard. Comme pour la conduite automobile, les hommes
pensent qu'elles pilotent plutôt moins bien
qu'eux, mais ce n'est l'avis ni des assureurs ni des
médecins. Question de critères!
Je le soulignais dans le dernier VOL Passion :
c'est parce que vous refusez d'envisager que
l'accident puisse vous arriver que vous décidez
de choisir une aile non homologuée, que vous
volez sans parachute ni chaussures
adaptées
et que vous vous plantez!
Repousser au fond de votre esprit l'idée
que l'accident est possible
vous conduira sûrement vers ce que les
psys appellent les conduites d'évitement.
Certains fonceront tête baissée, d'autre
seront de plus en plus mal à l'aise en
l'air
Le matos sera bien sûr
responsable
La météo
Les
autres, toujours les autres
Et un jour, en
situation critique ou par distraction apparemment
fortuite, ce sera le noir total.
Nos enquêtes d'après accident mettent
en relief l'incompréhension des témoins
ou du survivant et soit l'amnésie de la phase
cruciale, soit l'apathie quasi totale face au
péril pourtant évident et urgent. Dans
la réalité, le pilote accidenté
n'a aucun rôle dans le classique " film au
ralenti ", mais il en est le spectateur passif ou
carrément absent.
En pratique que proposer?
Le plus simple est de vous aimer vous-mêmes
assez pour vous protéger. Acceptez
l'idée que l'accident est probable et qu'il est
possible de s'en prémunir. Vous êtes
concernés!
Analysez vos sensations lors de certains vols
désagréables et demandez-vous
sincèrement quel plaisir il y a eu de se faire
peur et de se dégoûter en
fréquentant des sites, des ailes ou des
aérologies hors de votre portée.
Soyez vous-mêmes. Si le plouf vous attire,
ploufez sans honte! Si c'est le grattage
timoré, selon la classification imagée
de Françoise Dieuzeide, grattez timorés!
Bien peu d'entre nous ferons des champions. Combien
ont d'ailleurs débuté brillamment et
abandonné aussi vite après avoir vu les
diables? Quand ils ont eu de la chance
Irrémédiable gâchis pour lequel je
soutiens que le conditionnement collectif vers le vol
de performance est largement en cause.
Je trouve entre autres économiquement
parlant imbécile de fourguer, parce que plus
cher, un matériel inadapté à des
élèves ou des pratiquants moyens dont on
sait qu'il les conduira, dans une proportion de 60%
l'an, à l'abandon de l'activité par
dégoût, accident ou décès.
Il y a sûrement autant à gagner en
équipement plus accessible et plus sûr,
en parachutes de secours, casques et chaussures, et
surtout en stages de loisirs et de perfectionnement
variés - pas uniquement axés sur la
performance - dans un club qui ne soit pas un simple
appendice " loi 1901 " d'une structure commerciale aux
intérêts à trop court
terme