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Illusions sensorielles ?

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  • Par François Bousquet et Jean-François Clapé

     

    Bien connues en médecine aéronautique et par les pilotes d'avion, les illusions sensorielles se traduisent par une mauvaise perception de la position réelle du pilote dans l'espace. Existent-elles en vol libre? Si oui, de manière fréquente ou exceptionnelle? Entrent-elles en jeu dans certains accidents inexpliqués? Il paraît intéressant d'étudier ces phénomènes pour tenter de mieux connaître et maîtriser ces effets afin d'informer le pilote de vol libre et de prévenir des accidents possibles.

     

    Delta et parapente

    Le pilote de vol libre est moins soumis au risque d'illusion sensorielle que le pilote d'avion, d'une part à cause de la stabilité pendulaire de son aéronef (roulis et tangage limités, retour spontané à l'équilibre, faibles accélérations), d'autre part à cause de la rareté du vol sans visibilité (interdit par la réglementation et le bon sens, mais parfois imprévisible, où le pilote doit faire face et même s'y préparer).

     

    Origine

    Les illusions sensorielles sont nombreuses et variées. On distingue les illusions d'ordre visuel (elles se produisent le plus souvent en ciel clair) et les illusions d'origine vestibulaire (elles sur viennent presque exclusivement lors de perte de référence visuelle). Ces dernières sont les plus fréquentes et les plus dangereuses; nous nous limiterons à leur seule étude.

    D'autre part, les pertes de connaissance qui ont pu être décrites au cours de 360° engagés ne sont pas considérées comme illusions sensorielles car elles relèvent d'un phénomène pathologique probablement hémodynamique causé par l'accélération importante.

     

    Espace

    Pour s'orienter dans l'espace, l'homme dispose de plusieurs sources d'information :

  • - la vision qui lui permet de se situer par rapport à son environnement;
  • - les organes proprioceptifs (récepteurs sensoriels situés dans les articulations, les muscles et la peau) qui permettent de sentir le corps : en aéronautique c'est le " pilotage aux fesses ";
  • - le vestibule (situé dans l'oreille interne) qui donne deux variétés d'information : les canaux semi-circulaires renseignent sur les accélérations angulaires subies; l'utricule et le saccule donnent les accélérations linéaires (verticale et horizontale).

    Le cerveau, quant à lui, intègre et interprète, en fonction des informations et de l'expérience du pilote.

     

    Les canaux semi-circulaires

    Sur la figure 1 est représenté l'ensemble du vestibule. On reconnaît les canaux semi-circulaires, chacun situé dans un des trois plans orthogonaux de l'espace : le canal latéral situé dans le plan horizontal renseigne sur les mouvements de lacet; le canal supérieur dans le plan sagittal donne le tangage; le canal postérieur dans le plan frontal donne le roulis.

    Un canal semi-circulaire est un petit tunnel arrondi creusé dans l'os temporal, il est donc étroitement lié au déplacement du crâne. Ce canal est rempli d'un liquide endolymphatique où baignent les cils des cellules sensorielles regroupées au niveau de la cupule. Une accélération angulaire dans le plan de ce canal va entraîner un mouvement du liquide endolymphatique, donc une déflexion de la cupule et donnera naissance à la sensation de rotation.

    Notons qu'à vitesse angulaire constante (c'est à dire pour une accélération nulle) on ne percevra plus la rotation; de plus lorsque le mouvement s'arrête, du fait de l'inertie, le liquide endolymphatique circulera dans le sens opposé, ce qui donnera une sensation de rotation en sens inverse.

    Cette mécanique est sensible, mais a aussi ses limites : pour qu'il y ait sensation, il faut un certain taux d'accélération (au moins 0,14°/s_), ou un temps suffisant d'application de l'accélération (loi de Mulder) : une accélération de 2°/s_ est perçue en 1 s, mais une accélération de 0,5°/s_ est perçue seulement en 5 s.

    Ceci explique le temps de latence à la perception de la sensation, qui n'est d'ailleurs perceptible qu'au dessus d'un certain seuil.

     

    Exemples

    Ces mécanismes physiologiques peuvent expliquer dans certaines conditions des illusions sensorielles.

    Au cours d'un passage dans un nuage, et en l'absence de tout repère visuel (ou autre) le pilote pourra dévier doucement de sa trajectoire avec la masse d'air sans s'en rendre compte, avec le risque de retour au relief ou de collision.

    Effet de Coriolis : ce phénomène connu en avion peut se retrouver chez le pilote de vol libre. Par exemple, au cours d'un virage continu à droite, le pilote sent l'inclinaison à droite. On se rappelle que seul le canal semi-circulaire postérieur est stimulé et donne donc la sensation. Si le pilote penche sa tête de 90° en avant, cela a pour effet de modifier la position spatiale des canaux semi-circulaires. Le canal postérieur deviendra horizontal (il était frontal) et situé dans un plan orthogonal au plan de rotation (roulis à droite); il ne sera plus stimulé. Mais, on l'a vu, l'arrêt d'une stimulation entraîne une sensation de mouvement inverse et le pilote enregistrera un roulis à gauche. Par ailleurs, le canal externe, qui était horizontal et non stimulé, est situé maintenant dans un plan frontal et donnera une impression de lacet à gauche. Ainsi un roulis à droite peut entraîner une sensation de lacet à gauche plus roulis à gauche si la tête est penchée à 90° en avant, et une sensation inverse quand on relèvera la tête...

    D'où le conseil en vol sans visibilité : limitez autant que faire se peut les mouvements rapides de la tête.

     

    Voici expliquées deux illusions sensorielles communes (mais il y en a bien d'autres). Elles se voient au cours du vol sans visibilité et/ou parfois au cours de circonstances particulières où sont cumulés des facteurs favorisants : défaut de vigilance (par prise médicamenteuse, alcool, fatigue, maladie), lassitude du vol, stress, mal de l'air, réactions inadaptées, voire excès de confiance. L'utricule et le saccule ne donneront pas d'illusion sensorielle en vol libre, car nécessiteraient des accélérations et vitesses importantes, hors du domaine de vol d'un delta ou parapente.

     

    Intérêt

    Certaines situations, mal appréciées par le pilote et responsables d'accidents graves paraissant inexplicables, pourraient par ces phénomènes d'illusions trouver une explication. L'intérêt de cette information doit être essentiellement préventif, dans la manière de piloter (éviter le nuage et connaître ses dangers), dans la sélection médicale (confier toute manifestation bizarre à son médecin).

    Enfin, pour continuer cette étude, les pilotes qui ont déjà vécu des phénomènes bizarres en vol, des illusions sensorielles, des pertes de contrôle dans les nuages, responsables d'un incident de vol qui aurait pu être grave, sont invités à nous faire part de leur histoire par un témoignage avec le plus de détail possible, afin d'être analysé.

 


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